26 février 2026 |
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La bienveillance : un malentendu professionnel

La bienveillance est devenue l’un des mots préférés dans le monde de l’entreprise contemporaine. On en parle dans les entretiens d’évaluation, on l’affiche dans les chartes ou sur le site internet, on la brandit comme l’antidote à tous les problèmes. Tout comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, derrière cette noble idée se cache trop souvent un malentendu dangereux, car à force de vouloir ménager, le silence s’installe et on finit par ne plus rien se dire.

Bienveillance provient du latin benevolentia et signifie « vouloir le bien ». Mais lorsque l’on souhaite du bien à quelqu’un, ne faut-il pas parfois lui communiquer des messages moins plaisants pour que sa situation évolue ? N’oublions pas qu’avant que ce terme n’écrase tous les autres sur le podium des mots à la mode, c’était « feedback » qui avait la côte ! Mais où est-il donc passé ? La peur de blesser, de ne plus être apprécié, ou le désengagement dans la relation, anesthésient la parole. Pourtant, les recherches en psychologie du développement et en neurosciences montrent que le langage ne sert pas seulement à exprimer la pensée, il participe à sa construction ! Verbaliser, c’est structurer, clarifier et faire évoluer les idées. Nous sommes des êtres profondément verbaux, et priver l’entreprise de la parole authentique, c’est l’appauvrir cognitivement et collectivement.

En entreprise, une bienveillance mal employée produit souvent l’effet inverse de celui recherché : frustrations, non-dits et parfois même des erreurs répétées. Les équipes avancent à l’aveugle, sans repères clairs sur leurs forces et leurs axes d’amélioration. Les irritants mineurs deviennent des tensions durables, et la confiance s’érode car on cherche à deviner ce qu’on ne dit pas. Il est temps de distinguer la bienveillance du manque de courage. Être bienveillant, ce n’est pas préserver une harmonie de façade mais d’oser dire les choses avec respect, dans l’intention d’aider l’autre et le collectif à progresser. Un feedback constructif est factuel, précis, orienté vers des comportements observables et des solutions concrètes pour favoriser l’action. Il exige certes du courage (managérial souvent) mais aussi une véritable maturité individuelle et relationnelle de la part de la personne qui l’entend.

Confondre bienveillance et complaisance affaiblit l’entreprise. Oser des conversations franches et respectueuses, au contraire, c’est faire le pari d’une culture plus mature, plus responsable et paradoxalement, plus humaine. Car comme dans toute relation, y compris au travail, la confiance ne naît pas du silence, mais de la vérité partagée.

Autrice : Olivia Capua

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